mardi 5 mai 2015

Petite Coupe.... Whole Hog (1965) C-Class History

Une aile d’avion sur un Class C (2)



Depuis que la Coupe de l’America en est réduite à courir avec des One Designs de 48 pieds (14,65 m), la Little Cup est un des derniers bastions de la création architecturale. Son secret réside dans le règlement qui, dès le début en 1961, prenait en compte la surface des espars dans la surface de voilure. Cette précision de la jauge lui a rapidement, peut-on dire, donné des "ailes".


L’évolution entre 1961, Wildcat, le challenger Américain, Whole Hog, une des premières ailes construites en 1968 et le dernier vainqueur, en 2013, le Français Frank Cammas et Louis Viat sur Groupama.
© François Chevalier

Petit rappel de la Jauge des Catamarans de la Class C :

Longueur hors tout (LOA) : 25 feet (7,62 mètres)
Largeur (Beam) : 14 feet (4,27 mètres)
Surface de voilure (espars compris) (Sail area, spars included) : 300 square feet (27,87 mètres carrés)



À la mise à l’eau de son Class C Beverly, William Van Alan Clark Jr. étonne tout un chacun par l’originalité et la nouveauté de ses choix. Alors que les catamarans de l’époque comportent des bras de liaison en bois, avec un cockpit en contreplaqué, les deux coques, plus fines que celles de ses concurrents, sont reliées par trois tubes d’aluminium surélevés, fixés sur des platines sur les coques, un peu à la manière des premiers Hobie Cat. Un trampoline est tendu entre les deux bras arrière. 

Beverly (1962), premier Class C de William Van Alan Clark, Jr.,
remportera le North American Catamaran Championship, en août 1962  
©François Chevalier

Conçu par Bob Harris, et construit en polyester au chantier Cape Cod Shipbuilding à Wareham, non loin du Beverly Yacht Club dans le Massachusetts, le cata porte le nom de son club, et arbore des coques rouges, comme tous les voiliers de Van Alan. L’endroit, au fond de la Buzzards Bay, vaut le détour, et l’ile Rann, la demeure de William, en face de Marion, est un petit bijou autour duquel les régates locales ne cessent de tourner, excepté l’hiver. Du 19 au 20 août 1962, c’est ici que se déroule le North American Catamaran Championship pour la sélection du challenger de la Little Cup. 



Beverly en chantier et Van Alan Clark, les mains dans les poches, donne l’échelle de ces Class C.
Photo collection Steve H. Clark
Beverly s’impose devant quatre autres Class C américains et le précédent vainqueur de la Petite Coupe de l’America, que les Britanniques avaient vendu avant de rentrer chez eux l’année précédente. Cependant, les choses ne se passent pas aussi facilement lors de la Coupe dans l’estuaire de la Tamise, et Beverly est battu 4 à 1 par Hellcat et le trophée reste en Angleterre.

Origines des ailes

Deux ans plus tard, l’architecte américain George Peterson conçoit un mât aile sur son Class C Sprinter, mais n’arrive pas à s’imposer devant la réalisation des frères Dave et Jerry Hubbard, Sealion gréé sans foc. Beverly a reçu un gréement également en "Una Rig" et est équipé de dérives orientables et de safrans relevables dans les coques. Les efforts dans les voiles et sur les gréements sont tels que les pièces d’accastillage cèdent souvent, et William Van Alan Clark se demande alors si la solution d’une aile auto-portante résoudrait les problèmes de déformation des voiles dans les hauts et réduirait les efforts sur les bras. Il reste le problème du poids, une aile pèserait au moins deux fois plus lourd qu’un gréement classique, mais il aurait une puissance aussi incomparable, dans les meilleures conditions.

Le premier projet Whole Hog doté d'une aile (1965)
 ©François Chevalier

Dès 1965, William demande à son ami Courtland B. Converse, ingénieur aéronautique et président de la Pee-Kay Aircraft, spécialisée dans les flotteurs d’hydravions, âgé alors de 33 ans, de lui concevoir une aile pour son catamaran. Le projet reçoit le nom de Whole Hog, mais sa réalisation est repoussée, car le devis de poids n’est pas très engageant. L’année suivante, la plupart des Class C arborent un mât aile qui représente 20 à 30 % de la surface de voilure, mais Van Alan reste persuadé que son idée d’aile résoudrait pas mal de problèmes liés à ces mâts ailes qui déversent dans les hauts.

Seconde version de Whole Hog, doté d'une aile plus aérodynamique (1968)
©François Chevalier

Finalement, dans l’hiver 1967, Court Converse, alors Président du Beverly Yacht Club, lui dessine une aile pour son Beverly II dont les coques ont été conçues par les frères Hubbard. Plus élancée que celle du projet, elle comporte trois volets arrière de haut en bas. Son profil est plutôt épais, et le volet est comme coupé dans le profil, contrairement aux ailes plus récentes, qui présentent deux profils distincts, un pour la partie fixe et un autre, plus fin, pour les volets.

Le voilier, qui n’a pas reçu de nom, navigue au printemps 1968, sort trois ou quatre fois avant de se briser dans un coup de vent. Avant qu’il soit réparé, le 23 novembre, Court Converse meurt dans un accident à bord d’un autogire ouvert, à cent mètres de la maison familiale, à Converse Point. Van Alan Clark, même s’il restera toujours un fidèle supporter de la Class C, ne se remettra jamais de la perte de son ami ; il délaisse l’aile qui reste dans un hangar. Sa famille fera détruire l’aile en 1984, après le décès de W. de Van Alan Clark survenu le 16 juillet de l’année précédente.


Il faudra attendre 1974 pour qu’une aile participe à la finale de la Little Cup, mais auparavant, aux USA comme en Australie, des essais sont entrepris, mais cela est une autre histoire que nous vous conterons bientôt…



Deux hommes passionnés

Héritier de l’entreprise de cosmétiques Avon, William Van Alan Clark Jr., spécialiste en technologie de pointe, a fondé nombre de sociétés dérivées. Membre éminent du Beverly Yacht Club, il a participé grandement au développement de la Class C aux Etats-Unis. Dès 1965, avec son ami Courtland B. Converse, il a créé la première aile sur un Class C, avec le projet Whole Hog, adaptée quelques années plus tard sur la coque de Beverly II. Mais le décès brutal de Court a démotivé Van Alan de la Class C, même si il a toujours participé en tant que sponsor. C’est son second fils, Steve, qui reprendra le flambeau. 



William Van Alan Clark Jr. (1920-1983) et son fils Steve.
Héritier de l’entreprise de cosmétiques Avon, William Van Alan Clark Jr., spécialiste en technologie de pointe, a fondé nombre de sociétés dérivées. Membre éminent du Beverly Yacht Club, il a participé grandement au développement de la Class C aux États-Unis. Son second fils Steve a repris le flambeau lorsque la Coupe a manqué de challenger, et l’a relancée sous la forme d’un Championnat du monde en 2004.
©Photo Edward F. Cotter

Le North American Catamaran Championship se déroule du 19 au 20 août dans le fief de Van Alan Clark, non loin de son île, Ram Island, en face de Marion, au fond de la Buzzards Bay.  Avec le vent dont la baie porte le nom, ceux qui ne sont pas encore au point se trouvent rapidement en difficulté. Texas Hellcat, conçu et construit par son propriétaire et skipper Peter Oetking, est le seul au maximum de la jauge, mais manque de préparation, il abandonne dès le premier jour. Sprinter, dessiné et réalisé par George Patterson, est monté par Bob Smith et Dave Hubbard, il est tout nouveau et a les dimensions du Hellcat II.


Courtland Butler Converse (1932-1968)
Court est le plus jeune Président de l’histoire du Beverly Yacht Club de Marion, dans le Massachusetts. Il est issu d’une famille de fabriquants de chaussures collées, qui a inventé la forme des chaussures typiques américaines de la côte Est et des chaussures de sport (basket) dans le monde. Marié à Joséphine Saltonstall, la sœur de William G. Saltonstall Jr. qui barrait Beverly lors de la Little Cup 1962.
©Photo Beverly Yacht Club

Enfin, les deux Tremolino, numéro II et III, au syndicat Le Boutillier-Cornwell sont dus au crayon de Harold Boericke et du Lieutenant Colonel C. E. Cornwell. Les fils des propriétaires, Ed et Boot, sont sur le II et Walt Hall et Tommy Jackson sont sur le III. Beverly, qui joue dans sa cour, remporte les trois quarts des régates en flotte et en match racing, et gagne le Trophée. Dans la foulée, les sélections américaines ont lieu entre les trois premiers,Beverly, Sprinter et Tremolino II. Le Comité retient finalement le voiler de Van Alan, qui a dominé la compétition comme challenger.




 L’aile conçue par Court Converse en 1968 préfigure celle de l’Australien Roy Martin, vainqueur en 1974.
Remisée dans un hangar avec les coques de Beverly II pendant 16 ans, elle a fini par être démolie.
Photo collection Steve H. Clark
 
Plans de l'aile imaginée par le président du Beverly Yacht Club de Marion, Court Converse.
Photo collection Steve H. Clark



François Chevalier



SPECIFICATIONS DE BERVERLY (1962)
ICCT 1962
Classe C, numéro de voile : US 7
USA
Yacht-club : Beverly Yacht Club, Mass., USA
Lieu des régates : Thorpe Bay Yacht Club, Essex, UK
Propriétaire : W. Van Alan Clark Jr., Ram Island, Marion, Mass., USA
Architectes : Frank MacLear and Robert B. (Bob) Harris
Voilerie : Hard
Constructeur : Cape Cod Shipbuilding, Wareham, Mass.
Gréement : Sloop
Lancement : 1962
Longueur : 7,62 m
Bau : 3,81 m
Surface de voilure : 27,87 m2
Barreur : William G. (Billy) Saltonstall Jr.
Equipier : W. Van Alan Clark Jr.
Matériaux de coque : stratifié polyester
Bras : 3 profiles de mât en aluminium
Pont : Trampoline en Dacron
Mât et bôme : Aluminium
Safran : Aluminium et mousse polyuréthane

© François Chevalier


NOTE IMPORTANTE...


Vous pourrez suivre la suite de cette étonnante et passionnante aventure de la Little Cup dans l’ouvrage à paraître en mai aux éditions de La Martinière.
François Chevalier, format à l’italienne, 28 cm, 224 pages, 100 plans, les cartes, portraits et histoire. Une édition en français et une en anglais.

La prochaine Little Cup aura lieu à Genève à la Nautique, en septembre 2015.

lundi 6 avril 2015

2017 - America's Cup - 2017 - AC48

Where is the America's Cup?




It's taken less than two years fo go from the fantastic AC72 to the ghost of an AC62 to an AC48 - the smallest boat conceived to sail in an America's Cup in the 165 year-history of the event. The AC48 will clearly be cheaper in every way, but is it the America's Cup?

One might well doubt it in view of AC48 Rule version 1.0 March 31st - this is a one-design rule, and one that the Defender - Oracle Racing - has been thinking about for some time.



The drawing of the AC48 show that it won't even be as big visually as the AC45 (and the proportional drawing show even more that the AC48 looks like a 'special' brother to the AC45.




What we have is a boat whose wing, sails, hulls, platform/crossbeams are standardized! Same engine, same body, all engineered by Oracle's designer.

To reassure the world that the America's Cup still means something, the Rule throws engineers and computer scientists a bone; they have a small amount of freedom to design the daggerboard/lifting foils, the rudders, non-structural aero fairings, and some parts of the wing and board control system.

In other words, history showed us what the America's Cup is, and we all know of the Little America's Cup, so then this new AC-1D-48 should probably be called the Medium America's Cup. Looking at the design drawings, you will see that the new boat is no longer visually special, and will probably be overlooked amongst the already large and growing number of multihull racing events. Only the name of the trophy will maintain whatever legend remains. Hence the Medium Cup!


Little is Bigger

As a result of AC organizers' wholesale changes, the Little America's Cup (now called the Little Cup thanks to trademark claims by the AC organizers) raced with C-Class cats becomes the sole remaining event in which the inventiveness of yacht designers is still free. The sole constraints in the C-Class: Length, width and sail area.

Let us say straight away: Vive the Little Cup!

François Chevalier & Jacques Taglang
Thank you to Alan Bloch for the translation

2017 - America's Cup - 2017 AC48

America’s Cup 2017… 

Vous avez dit America’s Cup ?

L'AC48


Decrescendo...
C’est acté : depuis le 31 mars 2015, la nouvelle jauge de l’America’s Cup est adoptée, approuvée à la majorité (et non à l’unanimité) des challengers membres de la commission de la Cup.

En moins de deux ans, nous sommes passés du fantastique AC72 – le catamaran volant pourtant décrié à tort par les traditionalistes – à un fantomatique AC62… pour enfin aboutir à un AC48. 14,65 mètres de long ! On a jamais imaginé si petit dans cette fabuleuse histoire depuis 1851... Il sera certes plus économique à construire, plus facile à expédier, et aura moins d’équipiers. Dans le contexte d’une épreuve aussi mythique, « small » est-il vraiment « beautiful » ? À voir !

Le quasi-monotype AC48 sous les couleurs d'Oracle, le concepteur : tout est dit ! 

Au-delà de la réaction typique du « râleur » de base, il faut se souvenir que la Cup a été pour les architectes et concepteurs, depuis l’origine, une formidable machine à rêver, à innover, à créer.

Sera-ce encore le cas avec la nouvelle jauge ? On peut en douter, car à la lecture de la première version 1.0 du 31 mars 2015,  il apparaît que l’on est davantage dans le cadre d’une monotypie souhaitée depuis longtemps par le Defender Oracle. Les bateaux qui vont désormais s’affronter seront quasi identiques, à quelques détails près. Sous réserve d’inventaire, voyons ce qu’il est en, pour le moment :

-      -  l’aile et les voiles d’avant
-      - les coques
-       - et les bras de liaison ainsi que la plate-forme

devront être standardisés… Même moteur, même carrosserie conçus par l’architecte d’Oracle !

Pour se rassurer d’avoir été si audacieux, les rédacteurs de la jauge laissent encore aux techniciens et informaticiens, quelques os à ronger. Ceux-ci pourront ainsi divaguer sur :

-       - les dérives
-       - les safrans
-       - les systèmes permettant de contrôler l’aile, les dérives, les safrans et les détails des carénages aérodynamiques…

Medium Cup ?

Reste que l’épreuve reine de la voile sera noyée dans la masse des circuits de multicoques. Seul le pichet remis au vainqueur entretiendra la légende… Une Medium Cup, donc.

Cette image parle d'elle-même : les trois bateaux ont été proportionnellement réduits ou agrandis à la même taille que l'AC48. Flagrante révélation : la surface vélique de l'AC48 est la plus petite ! Vous avez dit 'Medium Cup' ?...

Vive la Petite Coupe !!!

Du coup, l’ex-Little America’s Cup (ex-petite Coupe de l’America) désormais appelée Little Cup (Petite Coupe), disputée en C-Class (Classe C) devient l’unique compétition où l’inventivité des architectes navals, des innovateurs, des créateurs est ouverte. Seules contraintes : la longueur, la largeur et la surface de voilure sont de mise.

Autant le dire tout de suite : vive la Litte Cup !

François Chevalier & Jacques Taglang